Illustration : Mathieu Persan
« Le changement, c'est maintenant », aurait pu asséner un Neil revanchard au moment de la sortie de Regeneration le 12 mars 2001. Nouveau look (adieu le dandy, place au baggy tendance grunge), nouveau label et, last but not least, nouveau producteur. Faute d'exister, Youtube et le streaming n'ont pas encore dévoré une industrie du disque déjà un peu abîmée par le peer-to-peer et un piratage en voie de généralisation. Fort de ses succès passés dans la sphère indie, Neil fait presque office de nouveau riche quand il décide de pénétrer l'univers des majors. En quittant Setanta pour le géant Parlophone/EMI, il s'offre même les services de Nigel Godrich, producteur le plus courtisé de la planète pop (Beck, Travis, Pavement) depuis le multiplatiné Ok Computer de Radiohead. Une présence qui a un prix évident : la patte si remarquable et parfois encombrante du « son » Godrich. Un son très riche et éloigné de tout ce qu'a produit Neil jusque là. Adieu classicisme, bienvenue modernité. C'est probablement ce qui explique qu'Hannon ne se reconnaisse plus aujourd'hui dans ce disque très atypique dans sa discographie. Il avouera même quelques années plus tard ne pas entendre The Divine Comedy mais un autre groupe quand il le réécoute. Sévère, non ? Certains fans l'adorent, d'autres le détestent. Ce qui est certain, c'est que l'écriture de Neil Hannon est toujours au top. En cas de doute, écoutez d'urgence “The perfect lovesong”, “Lost pro- perty” ou encore le spatial “Eye of the needle”.
Albert Potiron
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Regeneration came out on March, 12th 2001. New look (bye bye dandy, hello grungy baggies), new record label and – most importantly – new producer. As they do not exist, YouTube and streaming have not yet fed on a record industry that has already been hit by peer-to-peer sharing and piracy that are about to become wide-spread. After his past indie successes, Neil almost seems like a nouveau riche when he decides to step into the world of major labels. By leaving Setanta for the huge Parlophone/EMI, he even affords the service of Nigel Godrich, the most demanded producer in the pop universe (Beck, Travis, Pavement) since Radiohead’s multi-platinum Ok Computer. A hand that had an obvious price: the both truly remarkable and sometimes ineffaceable Godrich touch. A very rich sound universe that is far from anything Neil has produced until then. Goodbye classicism, hello modernity. It probably explains why Hannon now cannot see himself in this album that still is very special in his discography. He will even admit a few years later that he hears another band than The Divine Comedy when he listens to it again. Harsh, isn’t it? Some fans love it, other hate it. One thing is for sure: Neil Hannon’s writing is still at its peak. When in doubt, just listen to “The perfect lovesong”, “Lost property” or the very spatial “Eye of the needle”.